Cold Wave
La cold wave (prononcé [kəʊld.weɪv], littéralement « vague de froid », ou vague froide) est un genre musical apparu à la fin des années 1970 en Angleterre, qui s’est popularisé principalement dans la première partie des années 1980. Il peut être considéré comme un sous-genre des courants new wave et post-punk, dont il radicalise le minimalisme et la froideur. L'expression a été utilisée pour la première fois en 1977 pour décrire la musique de Siouxsie and the Banshees. L'appellation « cold wave » est surtout utilisée en France, en Belgique et Suisse francophones. Au Royaume-Uni, il s'agit plus volontiers de « post-punk ». Il ne faut pas confondre ce courant avec la cold wave américaine, qui est un genre de rock industriel apparu vers la fin des années 1980.
Origines et formations
Parmi les précurseurs de ce style, on retrouve David Bowie avec ses albums Low et "Heroes" composés avec le musicien Brian Eno, mais aussi les expérimentations électroniques et froides de certains groupes allemands (tels que Kraftwerk, Can, Neu!), ainsi que le rock électronique et minimaliste de Suicide. Les débuts de la musique industrielle et le groupe Throbbing Gristle ont eux aussi contribué à l'émergence de ce mouvement musical. Fin 1977, dans les numéros du 26 novembre 1977 et du 3 décembre, l'hebdomadaire britannique Sounds consacre deux unes à une scène émergente qu'il nomme New Musick - The Cold Wave et désigne la chanteuse Siouxsie comme « la représentante majeure de la cold wave ». Celle-ci décrit sa musique comme « froide comme une machine et passionnée en même temps ». Lors d'une session pour John Peel enregistrée pour la BBC, la première version de sa chanson Metal Postcard est présentée avec une batterie pleine d'écho et de delay, ce qui crée beaucoup d'espace. Pour la journaliste Vivien Goldman, cette musique « résonne comme une usine industrielle du XXIe siècle » annonçant « l'ère de la machine » : c'est « le rugissement de la cold wave des seventies qui avance vers les eigthies. » Siouxsie répond à cette observation en disant, « c'est que peut-être, il y a une nouvelle ère glaciaire qui arrive »
Un an après en novembre 1978, son groupe Siouxsie and the Banshees dessine les premiers contours de la cold wave sur disque avec l'instrumental Pure qui ouvre leur premier album The Scream. Ce titre, enregistré avec une pléiade d'effets, chorus, flanger, delay et une révéberation sur la batterie comme sur les autres instruments, est alors atypique dans leur répertoire. En décrivant ce morceau, Nick Kent précise dans le NME : « Pure emmène le son à un point ultime, laissant des espaces qui ont autant de sens que les notes jouées. » Le groupe explora davantage cette veine sur leur deuxième album Join Hands sorti l'année suivante, où tous les titres de la face-A baignent dans une ambiance crépusculaire. Martin Hannett, le producteur de Joy Division, déclarera plus tard au journaliste Jon Savage avoir été intéressé par le travail de Siouxsie. Les musiciens de Joy Division, ont par la suite nommé Siouxsie and the Banshees « une de nos grosses influences [...] pour la façon inhabituelle de jouer de la guitare et de la batterie .
À la même époque, le groupe Wire est la première formation post-punk à utiliser des synthétiseurs dans le seul but d'ajouter une atmosphère glaciale à leurs morceaux. Leur deuxième album Chairs Missing, publié en 1978 se démarque en cela nettement de leurs réalisations antérieures. Wire façonnera encore plus cette esthétique sur leur troisième disque 154 sorti en 1979. Un des autres groupes emblématiques du « son » cold est Joy Division et ceci grâce l'apport de leur producteur Martin Hannett rencontré à l'automne 1978. L'année suivante, Hannett change la coloration musicale du groupe en y ajoutant des claviers et plusieurs effets sur la batterie. Dans une de ses chansons, Ice Age, le chanteur de Joy Division, Ian Curtis évoque l'époque glaciale dans laquelle il vit, avec les paroles : « I'm living in the Ice age (...) Into the cold ». Après avoir enregistré deux albums studio Unknown Pleasures et Closer, Ian Curtis met fin à ses jours en mai 1980, laissant une empreinte durable sur ses contemporains. Le minimalisme, les rythmes martiaux et le son glacial du groupe de Manchester, ainsi que la voix sépulcrale de Curtis, seront énormément imités dans les décennies suivantes.
Ce retour en grâce de la cold wave s’est ainsi réactivé depuis les années 2000,le contexte dans lequel évolue un groupe est prédominant : « Ça va être difficile de faire mieux que ce qui a été fait il y a 35 ans. Le contexte social de l’Angleterre de Margaret Thatcher était loin de vendre du rêve. Il n’y avait que peu d’échappatoires à la misère sociale hormis devenir footballeur, dealer ou musicien. La grande différence entre la new wave et la cold wave, c’est que la première regardait vers le futur alors que la seconde naissait d’un sentiment introspectif ; on était dans l’ordre d’une esthétisation du souvenir. » Si la sinistrose est un élément clé de la formulation de cette musique ténébreuse, le contexte mondial actuel tend ainsi à la réactivation d’un espace mental dans lequel l’obscur l’emporte sur le clair. « On peut expliquer le retour du cold par le côté anxiogène de notre société, le climat à l’international. On écoute des musiques qui nous parlent par rapport à ce que l’on vit. Ainsi une musique a de la pertinence du moment où elle correspond à l’époque dans laquelle elle s’inscrit. » Dire que ce début de XXIe siècle flirte bon avec l’abracadabrantesque relève de l’euphémisme, au regard du grand foutoir dans lequel l’ignominie n’est même plus reconnue, et dans lequel des crapules ont pris le contrôle du monde. Rien de bien nouveau certes, mais dorénavant les choses se produisent au nez et à la barbe de tout bon sens. L’élection de Trump à la présidence des États-Unis, l’amoindrissement continu de la biodiversité entraînant la disparition précipitée d’un grand nombre d’espèces vivantes, le fondamentalisme, la xénophobie, bref, autant de fléaux qui participent à faire de ce monde un cirque infernal.